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Edith Jolicoeur
L'art de la Récupération
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La Maison Rouge
L'art de la récupération et le "Slow Design"
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Quelques notes biographiques...


La petite enfance :

1974 - 1978 
Edith Jolicoeur vient au monde à Carleton-sur-Mer, en Gaspésie, au printemps 1974.  En plein dans la période du repiquage! Ses parents, alors propriétaires d'un centre horticole avec serres et services d'aménagement paysagé l'initient très tôt au monde des couleurs, de l'équilibre des formes et des volumes, des arbres, des fleurs et de leurs parfums...

Edith Jolicoeur | Petite enfance

Sa mère raconte que, dès la chaise haute, la petite Edith réclame ciseaux, colle, crayons, peinture et pinceaux pour la réalisation de magnifiques bricolages... (Et pour le ramassage de la mère ensuite!)
Ses idoles de l'époque :
  • Claude Lafortune et son émission « L'évangile en papier » L'amusant animateur coupe, colle, façonne et sculpte le papier pour engendrer des personnages, des univers et des histoires...  Dorénavant plus un rouleau de papier de toilette, d'essuie-tout ou de boîte de macaronis vide n'échappent à l'enfant!   Dès son très jeune âge, Edith s’adonne à l’art de la récupération…

Claude Lafortune

  • Mr Dressup et son émission du même nom (anglais).  Mr. Dressup, met en vedette un homme (qui dessine, bricole, se costume, chante,et joue de la musique), une femme (que l’on ne voit pas), un gros coffre et une petite maison dans un arbre. L’homme, c’est Ernie Coombs. La femme : Judith Lawrence, la marionnettiste qui donne vie à Casey, un petit garçon aux grands yeux, et à Finnegan, son chien muet, mais ô combien éloquent. Le coffre est « Tickle Trunk », à première vue rempli de costumes, mais en réalité plein d’imagination. Enfin, la maison dans l’arbre est le repère idyllique de Casey et de Finnegan.

Ernie Coombs interprète Mr. Dressup, en compagnie de ses marionnettes Casey et Finnegan.

  • Sesame Street et tous leurs personnages (anglais).  C'est avec les marionnettes de « Sesame Street », créées par Jim Henson (1936-1990) que la jeune Edith peaufine son anglais...  Ce sont les divers personnages principaux qui ont permis à la petite fille de mieux comprendre son autre idole, Mr Dressup qui  s'exprime principalement en anglais! Souvenons-nous de ces personnages tels que Big Bird, Kermit, Bert et HernyCount Von Count, qui compte pratiquement tous les objets qui se trouvent sur son passage, et le sympathique monstre bleu Grover qui, en montrant des films de ses nombreux voyages, apprend aux enfants à accepter les différences.

    Sesame Street

 

La période scolaire :

1979 - 1986 | Le primaire

Dès son entrée à la maternelle, Edith Jolicoeur remporte son premier concours de dessin : le concours des Caisses Populaires Desjardins.  Cette année-là, le thème est l'électricité.  Edith dessine un village avec une rue principale le long de laquelle sont allignées des maisons puis des poteaux et des fils électriques.  Ce « chef-d'oeuvre » lui mérite une superbe radio « Sesame Street » avec un lampadaire qui allume vraiment!!! L'extase!

La première année, c'est un peu moins drôle...  Les parents de la petite Jolicoeur on eu l'idée, disons avant-gardiste, de l'enregistrer civilement lors de sa naissance, plutôt que de la faire baptiser...  C'est la première enfant enregistrée civilement de tout le Comté de Bonaventure.  Aujourd'hui, ce serait banal, mais à l'époque, quel casse-tête!  L'heure de la catéchèse venue, les enseignantes ne savent plus quoi faire de la fillette!  Aussi, l'envoie-t-on au fond de la classe avec papiers et crayons de couleur pour une bonne séance de dessins libres à chaque période de religion...

À huit ans, on décide de la faire baptiser... Ce sera plus simple pour l'école!  Dorénavant, fini les périodes de dessins libres sur les heures de classe!  Ses parents devront l'inscrire à différents cours d'arts plastiques de soirs ou de fins de semaines.  Avec les adultes puisqu'à l'époque, on offre peu de cours spécifiquement dédiés aux enfants...

À la fin du primaire, Edith découvre les Grands Maîtres de la peinture en consultant les superbes manuels du « Famous Artists Painting Course » que sa mère avait conservés après ses propres cours de peinture suivis au début de l’âge adulte.

Sa nouvelle idole :
  • Norman Rockwell, peintre et illustrateur américain né à New York le 3 février 1894 et décédé à Stockbridge, Massachusetts, le huit novembre 1978. Le style de Rockwell est qualifié de storyteller (narratif). Comme illustrateur, il fait en sorte que ses œuvres soient en parfaite correspondance avec les textes qu’il illustre (c’est le cas de Tom Sawyer). Pour ses couvertures du magazine Saturday Evening Post, chaque détail a un rôle dans la narration de la scène. Son travail évolue d’un naturalisme hérité du XIXe siècle à une peinture des plus réaliste et précise dans sa période la plus prolifique. Il use aussi de la caricature pour accentuer le caractère comique de certaines situations.
 Norman Rockwell | Autoportrait

 

 

1986 - 1991 | Le secondaire

L’adolescence se déroule plutôt bien pour la jeune fille. Quand les cours l’intéressent moins, elle dessine… Elle se fait d’ailleurs prendre un jour par son professeur de mathématique de troisième secondaire dont elle a réalisé une superbe caricature! À l’époque, en plus de son intérêt pour les arts plastiques et le théâtre, Edith s’implique ponctuellement dans le journal et quelques comités étudiants. 
 
À la fin du secondaire, les résultats aux tests d’orientation lui suggèrent de poursuivre des études en arts. Mais l’adolescente qui a peu de modèles d’artistes « ayant réussi » dans son entourage est terrorisée à l’idée de « crever de faim ». Consciente des statistiques peu encourageantes quant aux revenus de la majorité des artistes professionnels, elle s’appuie plutôt sur sa facilité pour les études et sa détermination pour choisir de se diriger vers des études en droit
Edith Jolicoeur | Finissante 5e secondaire
 
1991 - 1993 | Le collégial

Toujours persuadée de vouloir devenir avocate, Edith entre au Cégep de la Gaspésie et des Îles en sciences humaines en vue de poursuivre en droit à l’Université ensuite. Elle choisit tout de même tous les cours optionnels en art qu’elle peut insérer à son horaire. Elle se persuade après tout de se spécialiser en droit d’auteur et propriété intellectuelle. Ainsi, croit-elle qu’elle pourra, au terme de ses études, exercer sa profession (rémunératrice) et s’adonner à son loisir, la peinture, chez elle, le soir ou les fins de semaine… dans une grande maison ou elle aurait les moyens de s’installer un grand atelier bien éclairé.

Edith Jolicoeur | Cours français-théâtre | Pièce "Les héros de mon enfance" - Michel Tremblay

L’étudiante travaille très fort, car il faut de bonnes notes pour être admise en droit dans les meilleures universités…

Mais voilà, le moment venu de faire ses demandes d’inscriptions, la jeune femme hésite. Se spécialiser dans une branche aussi pointue du droit signifie presque automatiquement de ne pas retourner dans sa Gaspésie natale pour y travailler… 

Elle découvre un sentiment encore plus fort que la peur de crever de faim… La peur de ne pas revenir vivre au bord de la mer, la peur d’élever une éventuelle famille en ville au milieu de l’asphalte et du béton.

La perspective de devenir une artiste l’effraie tout de même toujours autant. Aussi, elle opte pour un compromis : des études en design… À son avis, la créativité est très sollicitée chez les designers en plus, le design d’intérieurs comprend une formation de base en architecture, en couleurs, en rendu, etc. Il faut aussi respecter le Code National du Bâtiment… Cette discipline semble allier art et rigueur. De plus, avec un diplôme de designer en poche, elle estime qu’elle pourra travailler où elle veut : à la mer ou à la ville.

 

1993 - 1994 | L’école privée

Edith s’inscrit donc à l’Académie Internationale du Design, campus de Montréal. Dans cette école privée, les enseignants doivent absolument avoir une carrière active dans leur champ d’enseignement. Ainsi, le professeur d’Étude et Projets est un véritable designer. Le professeur d’architecture, un véritable architecte. Le professeur de construction du meuble, un véritable designer de meubles, etc. Ce qui amène les étudiants à s’ouvrir sur un univers fascinant. Ils visitent de véritables ateliers d’artistes et d’ouvriers ainsi que des chantiers de construction au cœur du développement de la métropole, dont celui du Centre de Commerce Mondial.

Les quelques mois passés à l’Académie sont très stimulants, mais l’étudiante s’ennuie de chez elle. C’est lors d’un spleen qu’elle pense pour la première fois à créer une « fenêtre en trompe-l’œil ». Elle aimerait créer un tableau lui donnant l’impression de voir la Baie-des-Chaleurs par une fenêtre, mais il est plus important de faire ses travaux scolaires que de se faire plaisir… Quoi qu’il en soit, au terme de ses études, malgré les réserves de ses professeurs, la fille de la mer veut retourner chez elle… 

Lors de la dernière évaluation qu’il fait d’un de ses travaux, un professeur inscrit sur sa feuille de correction qu’il souhaite que la Gaspésie lui apporte des projets à la hauteur de son talent. À ce moment, elle est touchée de la bienveillance de l’enseignant, mais ne doute pas un instant de tout le potentiel que lui offre sa région natale. 

 Edith Jolicoeur | Camarades et enseignants | Académie Internationale du Desing | Montréal | 1994

Le marché du travail :

1995 - 1999 | Le métier de designer

Dès son retour en Gaspésie, elle débute comme designer d’intérieur. Elle en profite également pour recevoir une formation en confection de rideaux. Au début, le travail est très stimulant. Mais, ces professeurs avaient raison… Bien que la proximité de la mer et des grands espaces la réjouissent au début, très rapidement, la réalité du travail de designer en région la réjouit beaucoup moins. Elle persévère tout de même et travaille dans le domaine pendant près de cinq ans. Un « burn-out » aura raison de sa carrière de designer.

1999 - 2000 | La réflexion

Avec une bonne dette d’étude et une petite famille à prendre soin, Edith est un peu déroutée. Elle qui avait eu si peur de la condition de vie d’artiste et voilà qu’elle a le sentiment de ne pas faire mieux. 

Sa mère inquiète l’inscrit alors à un cours de peinture. Elle s’y inscrit également et l’emmène chaque semaine durant toute une saison, convaincue que l’art et la création lui feront du bien. Dans les mois suivants, Edith s’inscrit à quelques cours du programme d’art du Cégep. Comme sa mère le pensait, toute cette stimulation a un effet positif.  Elle soumet même sa candidature au Salon des Métiers d’art de la Gaspésie présenté au Musée du Québec à Bonaventure. Acceptée, elle y expose ses premières « fenêtres en trompe-l’œil ».

Après quelques mois de réflexion, Edith se sent beaucoup mieux, elle entreprend des démarches pour créer sa propre entreprise.

Le monde des affaires :

2001 - 2004 | Une première galerie d’art

Mieux rassurée sur ses capacités à créer, mais pas tout à fait encore sur celles de bien en vivre, la jeune femme ouvre sa première galerie d’art. En plus d’y être représentée elle-même, elle y vend les productions d’une soixantaine d’artistes, d’artisans, et de producteurs gaspésiens desquels elle tire un certain profit. L’entreprise connaît une ascension fulgurante. La femme d’affaires reçoit plusieurs prix locaux, régionaux, nationaux et même un prix dans le volet international du Concours Québécois en Entrepreneuriat. 

Tout de même, les premières années passées, la jeune femme se rend compte qu’elle préfère créer que gérer… Celle qui avait toujours eu peur d’être une artiste tente le test ultime…

2003 | Le statut d’artiste professionnel

Au Québec, c’est la Loi sur le statut professionnel des artistes des arts visuels, des métiers d’art et de la littérature (L.R.Q., c. S-32.01) qui détermine, la plus part du temps, la condition des artistes. Selon la forme d’art, ce sont différents jurys de pairs qui accordent ou non les statuts conformément aux critères très stricts approuvés par les autorités (gouvernement).

Après une nouvelle période de réflexion, Edith Jolicoeur soumet ses créations à un jury de pairs. Selon elle, le verdict déterminera son avenir artistique. « Ça passe, ou ça casse » !

Soulagement, en 2003, dès sa première demande, le Conseil des Métiers d’art du Québec accepte la candidature et lui accorde le précieux statut d’artiste professionnel.

La vie d’artiste :

2004 | Le grand saut

Rassurée par l’obtention de son statut d’artiste professionnel et un peu fatiguée de celui de femme d’affaires, Edith Jolicoeur décide laisser l’entreprise qu’elle avait créée quelques années plus tôt pour se consacrer à sa seule production artistique.  À cet effet, son conjoint et elle acquièrent une vieille et grande maison lui permettra de concilier famille et travail.
2005 | La Maison Rouge
Après plusieurs mois de rénovation, Edith Jolicoeur est prête à accueillir les visiteurs dans sa nouvelle galerie d’art de La Maison Rouge. Sans employés ni autres artistes à représenter, Edith peut enfin laisser toute la place à ses « fenêtres en trompe-l’œil »L’art de la récupération se manifeste maintenant dans sa production pour laquelle elle utilise une majorité de matériaux récupérés, mais aussi dans le lieu qu’elle occupe; complètement revalorisé.
2006 | Une première bourse

Encouragée par quelques amis artistes, Edith dépose un dossier et obtient une bourse du Fonds des arts et des lettres de la Gaspésie et des Ìles-de-la-Madeleine | Conférence Régionale des Élu(e)s / Conseil des arts et des lettres du Québec pour son projet Passé simple et Châssis doubles.

Cette nouvelle reconnaissance lui donne l’énergie et la motivation nécessaires pour créer toute une collection de tableaux à caractères patrimoniaux.

Après cette expérience, l’artiste est rassurée et s’assume maintenant pleinement

Aujourd’hui…

On peut dire que ça lui en a pris du temps avant d’y croire. Mais aujourd’hui, si on lui demande, Edith Jolicoeur ne regrette rien. Ni son parcours, ni son rôle d’artiste qui lui procure énormément de satisfaction. 

Il lui arrive encore de s’inquiéter de son avenir financier, mais elle se soigne! Rétrospectivement, elle est convaincue que toutes ses craintes, fondées ou non, lui ont permis d’avoir un parcours tout à fait unique et une production, peut-être atypique, mais ô combien originale et intéressante.



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